Loi 2002-2 : comprendre les 7 outils obligatoires pour garantir les droits des usagers


La loi 2002-2 du 2 janvier 2002 encadre les droits des personnes accompagnées en établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS). Pour garantir leur application concrète, elle impose la mise en place de 7 outils obligatoires, aujourd’hui au cœur des démarches de qualité et de bientraitance.
Quels sont ces outils ? À quoi servent-ils concrètement ? Quelles sont les obligations à respecter ?
Voici l’essentiel à connaître pour comprendre et appliquer les exigences de la loi 2002-2 en ESSMS.
Qu’est-ce que la loi 2002-2 ?
La loi 2002-2 du 2 janvier 2002 a profondément transformé le secteur social et médico-social en plaçant les droits des usagers au cœur de l’accompagnement. Pour bien comprendre sa portée, il faut revenir sur son rôle, ses objectifs et les structures concernées.
Une réforme majeure du secteur social et médico-social
La loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale constitue une réforme fondatrice pour l’ensemble des ESSMS.
Adoptée dans un contexte de transformation du secteur, elle marque un changement profond de paradigme : la personne accompagnée n’est plus seulement bénéficiaire d’une prise en charge, elle devient un acteur à part entière de son parcours.
Cette loi poursuit un double objectif :
- Renforcer les droits et libertés des usagers, en garantissant leur dignité, leur autonomie et leur participation
- Améliorer la qualité des accompagnements, en structurant les pratiques des établissements autour de repères communs.
Pour atteindre ces objectifs, le législateur introduit notamment 7 outils obligatoires, destinés à rendre ces droits concrets dans le quotidien des structures.
Pourquoi la loi 2002-2 impose-t-elle 7 outils obligatoires ?
Pour rendre les droits des usagers réellement applicables au quotidien, le législateur a introduit sept outils obligatoires au sein des ESSMS.
Ces dispositifs permettent notamment de :
- Formaliser les engagements des établissements envers les personnes accompagnées
- Garantir l’information et la participation des usagers
- Structurer les pratiques professionnelles
- Favoriser une relation plus transparente entre les usagers, leurs proches et les équipes
Ces outils ne sont pas uniquement réglementaires : ils constituent aujourd’hui les piliers de l’action sociale et médico-sociale, au service de la qualité et de la bientraitance.
Quels établissements sont concernés par la loi 2002-2 ?
La loi 2002-2 s’applique à l’ensemble des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS).
Elle concerne notamment :
- Les EHPAD
- Les foyers de vie
- Les MAS et FAM
- Les IME et établissements pour enfants en situation de handicap
- Les ESAT
- Les services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD)
- Les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD)
Plus largement, toute structure relevant du champ social ou médico-social est concernée par ces obligations, quel que soit son mode d’accompagnement.
Les 7 outils obligatoires de la loi 2002-2 en ESSMS
Les 7 outils de la loi 2002-2 constituent le socle des droits des usagers en ESSMS. Voici leur rôle et leurs obligations.
1. La charte des droits et libertés de la personne accueillie
La charte des droits et libertés de la personne accueillie est encadrée par deux textes :
- Arrêté du 8 septembre 2003 relatif à la charte des droits et libertés de la personne accueillie mentionnée à l’article L. 311-4 du Code de l’Action Sociale et des Familles (CASF)
- Article 27 de la loi Adaptation de la société au vieillissement (ASV) n° 2015-1776 du 28 décembre 2015.
Télécharger le modèle Charte des droits et libertés
Description de l’outil
Composée de 12 articles qui reprennent les 12 principes d’accompagnement de la personne, cette charte a pour vocation d'encourager au respect des droits fondamentaux de chaque personne accueillie, et de prévenir tout risque de maltraitance.
- Article 1 : Principe de non-discrimination
- Article 2 : Droit à une prise en charge et un accompagnement adapté
- Article 3 : Droit à l'information
- Article 4 : Principe du libre choix et du consentement éclairé et de la participation de la personne
- Article 5 : Droit à la renonciation
- Article 6 : Droit au respect des liens familiaux
- Article 7 : Droit à la protection
- Article 8 : Droit à l'autonomie
- Article 9 : Principe de prévention et de soutien
- Article 10 : Droit à l'exercice des droits civiques attribués à la personne accueillie
- Article 11 : Droit à la pratique religieuse
- Article 12 : Respect de la dignité de la personne et de son intimité.
La charte des droits et libertés doit être remise dès l’admission, avec le livret d’accueil auquel elle est annexée. Elle doit également faire l’objet d’un affichage en structure.
Pour aller plus loin
Voir notre article ⇒ Informations obligatoires en ESSMS à destination des personnes accompagnées et de leurs proches
2. Le livret d’accueil en ESSMS
Le livret d’accueil en ESSMS est encadré par un article et une circulaire :
- Article L. 311-4 du CASF
- Circulaire n° 138 de la Direction Générale de l'Action Sociale (DGAS) du 24 mars 2004 relative à la mise en place du livret d’accueil.
Description de l’outil
Son objectif est d’informer la personne sur l’organisation générale de l’établissement, son accessibilité, la nature de son activité ainsi que le public accueilli. Le livret d’accueil doit mettre en avant les valeurs de bientraitance et favoriser l’intégration de la personne accueillie.
Le livret d’accueil doit être remis dès l’admission et doit contenir en annexe :
- La charte des droits et libertés de la personne accueillie
- Le règlement de fonctionnement de l’établissement ou du service
- La notice d’information relative à la personne de confiance et le formulaire de désignation conformément à l’article L. 311-5 du CASF
- La liste des personnes qualifiées et les modalités pratiques de leur saisine.
Pour aller plus loin
Voir notre article complet ⇒ Concevoir un livret d’accueil en structure sociale et médico-sociale
3. Le contrat de séjour ou le document individuel de prise en charge (DIPC)
Le contrat de séjour ou le DIPC est encadré par cinq textes :
- Décret n° 2004-1274 du 26 novembre 2004 relatif au contrat de séjour ou document individuel de prise en charge prévu par l’article L.311-4 du CASF
- Décret n° 2016-1743 du 15 décembre 2016 relatif à l’annexe au contrat de séjour dans les Établissements d’Hébergement Sociaux et Médico-Sociaux pour personnes âgées
- Article 27 de la loi ASV n° 2015-1776 du 28 décembre 2015
- Notice d’information relative à la désignation de la personne de confiance et formulaire de désignation annexés au décret n° 2016-1395 du 18/10/2016 fixant les conditions dans lesquelles est donnée l'information sur le droit de désigner la personne de confiance.
- Décret n° 2022-734 du 28 avril 2022 qui modifie le Code de l'action sociale et des familles.
Description de l’outil
Le contrat de séjour ou le DIPC formalise la relation entre l’usager et la structure sociale ou médico-sociale. Il détaille la liste des prestations proposées ainsi que leur coût prévisionnel (Art. L.311-4 du CASF).
Le document définit les objectifs et la nature de la prise en charge ou de l’accompagnement.
Le contrat de séjour doit :
- Être établi lors de l'admission
- Être remis à la personne accueillie dans les 15 jours qui suivent la décision de prise en charge
- Être signé dans le mois qui suit l'admission
- Être complété dans les six mois d'un avenant précisant les objectifs et les prestations adaptées à la personne.
Pour aller plus loin
Faisant suite au décret du 22 avril 2022, applicable depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, les Ehpad, les résidences autonomies et les SAAD sont tenus d’apporter d’autres mentions obligatoires à leurs documents respectifs ⇒ voir les nouvelles mentions obligatoires

4. La personne qualifiée
La personne qualifiée est encadrée par un décret :
- Décret n° 2003-1094 du 14 novembre 2003 relatif à la personne qualifiée mentionnée à l’article L. 311-5 du CASF
- Décret n° 2022-688 du 25 avril 2022 portant modification du conseil de la vie sociale et autres formes de participation, qui mentionne que la personne qualifiée peut demander à assister aux débats du CVS.
Description de l’outil
La personne qualifiée désigne une personne physique référente à laquelle une personne prise en charge en ESSMS peut faire appel pour faire valoir ses droits.
Elle est désignée conjointement par le préfet, le représentant de l’État dans le département, le président du conseil départemental et le directeur général du Conseil départemental et l’Agence Régionale de Santé (ARS).
La personne qualifiée joue un rôle de médiateur et aide à trouver des solutions aux difficultés rencontrées ou aux litiges pouvant opposer une personne accompagnée et la structure.
Pour aller plus loin
Quels sont les sujets sur lesquels la personne qualifiée peut intervenir ? Qui peut la saisir ? Voir notre article complet ⇒ La personne qualifiée : la personne référente du respect des droits de l’usager
5. Le règlement de fonctionnement
Le règlement de fonctionnement est encadré par un texte :
- Article L.311- 7 du CASF
Télécharger le modèle de plan du Règlement de fonctionnement
Description de l’outil
En établissement, le règlement de fonctionnement permet de :
- Poser les règles de l'organisation interne d’une structure
- Constituer un cadre de référence des droits et des devoirs de chacun
- Donner une marche à suivre face à un problème qui peut survenir dans l’établissement pour éviter l’arbitraire.
Le règlement de fonctionnement doit obligatoirement être affiché dans les locaux de l'établissement ou du service. Il est modifié selon la périodicité qu’il prévoit, mais cette périodicité ne peut être supérieure à cinq ans.
Pour aller plus loin
Voir notre article complet ⇒ Règlement de fonctionnement en ESSMS : son contenu et ses étapes d'élaboration
6. Le Conseil de la Vie Sociale (CVS)
Le Conseil de la Vie Sociale est encadré par trois décrets et un article :
- Décret n° 2004-287 du 25 mars 2004 relatif au Conseil de Vie Sociale et aux autres formes de participation institués à l’article L.311-6 du CASF
- Décret modificatif n° 2005-1367 du 2 novembre 2005 portant modifications de certaines dispositions du CASF relatives au CVS et aux autres formes de participation
- Article D. 311-3 à D. 311-32 du CASF pour les dispositions minimales obligatoires
- Décret n° 2022-688 du 25 avril 2022 portant modification du conseil de la vie sociale et autres formes de participation.
Description de l’outil et de leurs représentants
Composé majoritairement d’usagers ou de leurs représentants, la mise en place du CVS est une obligation légale dans les structures assurant un hébergement ou un accueil de jour continu ou une activité d’aide par le travail.
Les autres ESSMS doivent mettre en place une autre forme de participation, tels que des groupes d’expression, des consultations, etc.
Le rôle du CVS est d’améliorer le quotidien des résidents. Il donne son avis et peut faire des propositions sur toute question intéressant le fonctionnement de l'établissement.
Pour aller plus loin
Depuis le 1er janvier 2023 (et suite au décret du 25 avril 2022), le fonctionnement et la composition du CVS ont été renforcés.
Autre point de vigilance : dans le référentiel d’évaluation de la qualité, une attention particulière est portée au Conseil de la Vie Sociale au travers d’entretiens avec l’organisme évaluateur.
Téléchargez notre guide pratique ci-dessous👇
7. Le projet d’établissement ou de service (PE- PS)
Le projet d’établissement ou de service est encadré par un article :
- Article L.311- 8 du CASF
- Décret n° 2024-166 du 29 février 2024, apportant des précisions et des nouveautés dans l'élaboration et la révision du PE-PS.
Description de l'outil
Le projet d’établissement ou de service est un document fondateur. À la fois une démarche, un outil et un document de référence, il permet de définir la stratégie de la structure pour les cinq années à venir.
Établi de manière participative avec l’ensemble du personnel pour favoriser son appropriation, le PE-PS permet de formaliser l’identité de la structure, ses valeurs, son organisation, ses objectifs et ses projets d’avenir.
Comment mettre en œuvre les 7 outils de la loi 2002-2 dans un ESSMS ?
La mise en œuvre des 7 outils de la loi 2002-2 suppose à la fois le respect d’obligations réglementaires et une appropriation concrète par les équipes.
Le calendrier de mise en place des outils obligatoires
Tous les outils de la loi 2002-2 ne sont pas remis ou formalisés au même moment. Certains doivent être transmis dès l’admission, tandis que d’autres s’inscrivent dans le fonctionnement courant de l’établissement.
Quelques repères sont à connaître :
- Dès l’admission : remise de la charte des droits et libertés de la personne accueillie et du livret d’accueil
- Dans les 15 jours : remise du contrat de séjour
- Dans le mois suivant l’admission : signature du contrat de séjour
- Dans les 6 mois : élaboration de l’avenant précisant les objectifs et les prestations adaptées à la personne accompagnée.
Ce calendrier permet de sécuriser les pratiques et de garantir une information progressive de l’usager tout au long de son accueil.
Quels professionnels participent à leur mise en œuvre ?
La mise en œuvre des outils de la loi 2002-2 mobilise l’ensemble des acteurs de l’établissement ou du service.
Sont notamment concernés :
- La direction et l’encadrement
- Les équipes pluridisciplinaires
- Les représentants des usagers
- Les membres du CVS.
Cette dimension collective favorise l’appropriation des outils, leur cohérence avec le fonctionnement de la structure et leur utilisation concrète dans les pratiques professionnelles.
Bonnes pratiques pour que ces outils soient réellement utiles
Les outils de la loi 2002-2 ne doivent pas être perçus comme de simples obligations administratives. Pour être utiles, ils doivent vivre dans le quotidien de l’établissement et être compris par l’ensemble des parties prenantes.
Plusieurs bonnes pratiques peuvent y contribuer :
- Expliquer clairement ces outils aux personnes accompagnées
- Former les professionnels à leur rôle et à leur utilisation
- Actualiser régulièrement les documents
- Associer les usagers à leur évolution et à leur amélioration.
C’est à cette condition que ces outils deviennent de véritables leviers de qualité, de participation et de bientraitance.
Loi 2002-2 et évaluation HAS : ce que vérifient les évaluateurs
Les 7 outils de la loi 2002-2 occupent une place centrale dans l’évaluation de la qualité des ESSMS. Ils permettent de démontrer concrètement le respect des droits des usagers et la structuration des pratiques au sein de l’établissement.
Ce que les organismes évaluateurs analysent lors des visites
Lors des évaluations, les organismes évaluateurs ne se limitent pas à vérifier la présence des documents obligatoires. Ils s’intéressent à leur mise en œuvre réelle et à leur appropriation par les équipes et les usagers.
Ils analysent notamment :
- La diffusion et l’accessibilité des documents obligatoires auprès des personnes accompagnées
- La participation effective des usagers dans la vie de l’établissement
- Le fonctionnement du Conseil de la Vie Sociale (CVS) et sa capacité à porter la parole des usagers
- La cohérence entre les documents et les pratiques professionnelles observées sur le terrain.
L’enjeu est de vérifier que les outils ne sont pas uniquement formels, mais qu’ils contribuent réellement à la qualité de l’accompagnement.
Comment les 7 outils s’articulent-ils avec le référentiel HAS ?
Les outils de la loi 2002-2 s’inscrivent pleinement dans les exigences du référentiel d’évaluation de la qualité des ESSMS.
Ils permettent notamment de démontrer :
- Le respect des droits des personnes accompagnées
- Leur participation aux décisions qui les concernent
- La transparence du fonctionnement de l’établissement ;
- L’engagement dans une démarche d’amélioration continue de la qualité.
Ainsi, une mise en œuvre rigoureuse et vivante de ces outils constitue un levier clé pour préparer sereinement l’évaluation HAS et valoriser les pratiques de l’établissement.
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Découvrez aussi notre vidéo sur les 7 outils de la Loi 2002-2

7 outils de la loi 2002-2 : le guide pour les mettre en œuvre au quotidien




