À l’instar du plan blanc pour le sanitaire, le plan bleu est l’outil de gestion de crise des ESMS. Ce document détaille les modalités d'organisation et les mesures à déployer dans un établissement face à une situation exceptionnelle.
Découvrez comment la mise en place d’un plan bleu au sein de votre établissement va vous permettre d’instaurer une vraie culture du risque et d’initier une démarche d'amélioration continue.
Voir aussi notre article : Plan bleu en Ehpad : comment l’élaborer en 5 étapes
Qu'est-ce que le plan bleu en ESMS ?
Le plan bleu permet de regrouper l’ensemble des risques auxquels votre établissement est susceptible d’être exposé dans son cadre précis et d'associer les réponses adaptées.
Pour être efficace, le plan bleu doit être considéré comme un outil opérationnel devant être connu de tous et régulièrement mis à jour et testé.
Le plan bleu doit définir :
- Le rôle et les responsabilités de l’équipe de direction.
- Les procédures et actions qui prévalent en cas de crise : qui fait quoi ?
- Le plan de continuité des activités (adaptation des plannings, rappels éventuel de personnels en congé…).
- Le niveau des équipements et des stocks pour faire face à une crise de longue durée.
Pourquoi a-t-il été mis en place ?
Le plan bleu fait suite à un arrêté du 7 juillet 2005 obligeant les établissements hébergeant les personnes âgées à rédiger un plan bleu.
Cet arrêté a été pris suite à l’épisode caniculaire de 2003. Cet été-là, la surmortalité liée à la canicule avait été estimée à plus de 15000 décès. En 2007, l’obligation s'est étendue ensuite aux établissements accueillant des personnes handicapées.
Le plan bleu déclenché en France le 6 mars 2020 en raison de la prolifération du coronavirus restera sans aucun doute dans toutes les mémoires. Dès le 11 mars, les visites aux personnes âgées étaient interdites.
Face à la virulence de l'épidémie du COVID 19, l'isolement en chambre individuelle dans les Ehpad a été décidé par décision du Ministre de la Santé Olivier Véran le 28 mars.
Élaboration du plan bleu : quels ESMS sont concernés ?
L’élaboration du plan bleu, concerne plusieurs types d’établissements et services médico-sociaux (ESMS).
Un arrêté publié au Journal Officiel le 5 mars 2024, faisant suite du décret n° 2024-8 du 3 janvier 2024, précise quels établissements doivent inclure ce plan dans leur projet d’établissement à partir du 1er janvier 2025.
Les établissements concernés sont principalement les EHPAD et d’autres ESSMS qui offrent à la fois un hébergement collectif et des soins médicaux.
Cela inclut les établissements pour enfants et adolescents handicapés, les services de réorientation professionnelle (ESRP), les établissements pour adultes handicapés, les établissements expérimentaux, ainsi que les lits halte soins santé (LHSS) et les lits d’accueil médicalisés (LAM).
Voici la liste :
=> EHPAD : Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes.
=> ESSMS offrant hébergement et soins : établissements qui combinent hébergement collectif et soins médicaux, financés par les branches maladie et autonomie de la sécurité sociale :
- Établissements pour enfants et adolescents en situation de handicap
- Établissements et services de réorientation professionnelle (ESRP)
- Établissements pour adultes en situation de handicap
- Établissements expérimentaux
=> Lits halte soins santé (LHSS) et lits d’accueil médicalisés (LAM).
Déclenchement du plan bleu : quelles sont les mesures d’urgence ?
L’arrêté du 7 juillet 2005 modifié fixant le cahier des charges du plan d’organisation à mettre en œuvre en cas de crise sanitaire ou climatique, impose au plan bleu de comporter les éléments suivants :
Désignation d’un référent
Un directeur (trice) ou un médecin coordinateur ou un responsable dont les coordonnées (ainsi que celles de son remplaçant) sont communiquées à l’Agence Régionale de santé et au service des établissements du Conseil départemental.
Signature d’une convention avec un établissement de santé proche
La convention de partenariat entre un ESMS et un établissement de santé suppose :
- la rédaction des procédures d’admission communes
- l’instauration de protocoles de bonnes pratiques thérapeutiques pour prévenir les hospitalisations
- la mise en place de protocoles de bonnes pratiques thérapeutiques (en cas de transferts en milieu hospitalier ou en retour d’hospitalisation)
- la rencontre annuelle des médecins de l'ES, du médecin coordonnateur et des équipes de soins des deux structures.
Recommandations de bonnes pratiques préventives à destination des personnels (en cas de canicule)
Afin d’assurer l’opérationnalité du dispositif le moment venu, il est fondamental que des formations régulières soient dispensées au personnel. En cas d’épisode caniculaire, le personnel doit être formé aux bonnes pratiques préventives.
Un protocole sur les modalités d’organisation de l’établissement
Notamment en cas de déclenchement du plan d’alerte et d’urgence. Le médecin coordonnateur ou le responsable administratif de l'établissement est chargé d'élaborer des protocoles de conduite à tenir en cas de risque. Le responsable de l’établissement doit s’assurer de la bonne connaissance du plan bleu par l’ensemble des salariés de la structure.
Sécurisation des accès, confinement ou évacuation des usagers et du personnel
Le rôle premier du plan bleu est d’assurer la protection des usagers et du personnel. Il convient ainsi de rédiger un protocole pour pouvoir mener de façon organisée : la sécurisation, le confinement ou l’évacuation des personnes.
Ainsi, durant la crise sanitaire, pour prévenir les risques de contagions des personnes âgées en Ehpad, les mesures les plus strictes ont été mises en place : interdiction des visites, sas de décontamination à l'entrée des chambres, mise à disposition de masques, de gants et de solution hydroalcoolique.
Quand et par qui le plan bleu peut être déclenché ?
Le plan bleu peut être déclenché et mis en œuvre par le directeur de l’établissement (ou son représentant) ou à la demande du préfet de département par l’intermédiaire de l’Agence Régionale de Santé.
Son déclenchement fait suite à la survenue d’un événement sanitaire (épidémie), climatique (fortes chaleurs) ou environnemental susceptible de constituer une menace pour la santé publique.
Le plan bleu est piloté par une cellule de crise composée des responsables de tous les services.
Quelle est la composition de la cellule de crise ?
L’objectif est de composer la cellule de crise la plus adaptée par rapport à la taille et aux possibilités de l’établissement.
- Le Directeur ou son représentant en cas d’absence
- Le médecin coordonnateur de l’établissement
- Le responsable des services administratifs
- Le responsable de la logistique
- L’infirmière cadre de santé ou référente
- La secrétaire de direction
- D’autres personnes en fonction de l’organisation.
Les coordonnées professionnelles et personnelles des membres de la cellule de crise figurent dans les annexes du plan bleu (elles doivent rester confidentielles).
Les missions de la cellule de crise
- Estimer la gravité de la situation
- Evaluer les besoins de l’établissement et les moyens disponibles
- Coordonner les actions et définir les choix stratégiques
- Vérifier le nombre de personnes présentes au sein de l’établissement (résidants et personnels)
- Déclencher le rappel du personnel, pour renfort (si nécessaire) et dresser le bilan des renforts
- Établir un plan de continuité des activités (PCA) permettant à l’établissement de fonctionner en mode dégradé lors de la durée de la crise
- Détecter les situations à problèmes
- Informer et établir les liens avec les tutelles, les familles et les médias
- Tenir un journal de crise
- Mettre en place des actions “après-crise" : débriefing, soutien psychologique, retour d’expérience (RETEX).
Plan canicule : une procédure spécifique en fonction de la situation
La procédure canicule est une procédure impliquant des actions à mettre en place en fonction des situations.
Depuis le plan Canicule 2013, on distingue 4 niveaux d’alerte correspondant aux 4 codes couleurs vigilance météo :
Niveau 1 - Vert : veille saisonnière du 1er juin au 15 septembre.
Cette veille implique la diffusion d’éléments de communication préventive avant l’événement. Parmi ces actions préventives, il s’agit notamment de s’assurer qu’il existe une pièce climatisée ou restant fraîche pouvant accueillir les résidents.
Niveau 2 - Jaune : avertissement chaleur.
Cette phase de veille renforcée permet aux différents services de se préparer à une montée en charge en vue d’un éventuel passage au niveau 3. Actions à réaliser : mobilisation des personnels, suivi quotidien des patients et mise en place des mesures canicule.
Niveau 3 - Orange : alerte canicule.
Une fois ce niveau 3 activé, le préfet prend toutes les mesures adaptées dans le cadre du Plan de Gestion d’une Canicule Départemental (PGCD). Les plans bleus dans les établissements accueillant des personnes âgées ou handicapées sont déclenchés.
Niveau 4 - Rouge : mobilisation maximale
Déclenché au niveau national par le Premier ministre, ce niveau correspond à une canicule avérée exceptionnelle, très intense et durable, nécessitant une mobilisation maximale et une coordination de la réponse de l’Etat avec l’activation de la Cellule Interministérielle de Crise (CIC).
Le plan bleu pour s’inscrire dans une démarche qualité opérationnelle
Au-delà de la contrainte réglementaire, le plan bleu permet de réaliser un bilan des capacités de fonctionnement d’un établissement face à une situation exceptionnelle, à savoir :
- identifier les risques
- anticiper les conséquences du risque identifié
- améliorer la réactivité en cas d'alerte
- adapter au mieux son organisation
- préserver le bien être et la santé des usagers ou des résidents
- garantir la reprise et/ou la continuité des activités
Quels sont les risques répertoriés ?
Le plan bleu doit permettre de répondre, de façon organisée et opérationnelle à la survenue de tout type d’évènement résultant des typologies de risques suivantes :
Risque technologique
À savoir les dangers liés à l’activité industrielle, exemple : la proximité d’un site SEVESO.
Dans ce contexte précis et particulier, des protocoles sont à prévoir pour procéder rapidement aux opérations de confinement et d’évacuation (en cas de décision des autorités).
Risques naturels
Selon la région et la saison, les risques naturels (fortes précipitations, orages, vents violents, chute de neige, forte chaleur ou glissement de terrain etc.) peuvent également constituer un danger pour les établissements.
Il s’agit de s'assurer que l’établissement est en mesure d’assurer la continuité de son activité quels que soient les risques climatiques en cas de destruction d’un local, des accès rendus inaccessibles, une rupture électrique, en eau potable, en approvisionnement alimentaire etc.
Risques énergétiques
L’article R.313-31 du CASF précisé par la circulaire de la DGAS N° 170 du 18 juin 2009 institue l’obligation pour les ESMS d’élaborer un Document d’Analyse des Risques de Défaillance Electrique - DARDE
La démarche d’analyse comporte 3 étapes, il s’agit de :
- Évaluer tout risque lié à une coupure électrique
- Gérer le risque en déterminant les moyens à mettre en oeuvre (mesures organisationnelles et techniques nécessaires) et en formalisant les procédures
- Communiquer sur le risque en définissant les modalités de sensibilisation du personnel, des résidents, des familles, des autorités.
Important
Les établissements médico-sociaux assurant un hébergement permanent à savoir les USLD, EHPAD-soins, FAM, MAS, IME, ITEP, EEAP doivent disposer de moyens d’alimentations autonomes en énergie (groupes électrogènes en poste fixe, ou nouveau moyen technologique).
Risques infectieux
Le risque infectieux et sa maîtrise est considéré comme une priorité pour les établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD), les maisons d’accueil spécialisé (MAS) ainsi que les foyers d’accueil médicalisé (FAM).
Ce risque doit prendre en compte :
- le risque infectieux épidémique
- le risque de survenue d’infections associées aux soins.
Les EMS concernés doivent engager une Démarche d'Analyse et de Maîtrise du Risque Infectieux (DAMRI), ayant vocation à être utilisé dans le cadre de l’évaluation quinquennale de la qualité.
Gestion du risque infectieux épidémique
L’article L3113-1 du code de la santé publique prévoit la déclaration obligatoire de 31 maladies à risque infectieux épidémique fixées par décret.
Pour aller plus loin, voir nos articles :
- Risque de GEA : prévenir, anticiper et gérer les Gastro-Entérites Aiguës en EHPAD
- Risque d’IRA : prévenir, anticiper et gérer les Infections Respiratoires Aiguës en EHPAD
- Légionelles : comment maîtriser le risque en établissement médico-social ?
Notre outil pratique à télécharger :
Gestion du risque infectieux associé aux soins
Le plan stratégique national 2009-2013 de prévention des infections associées aux soins prévoit l’élaboration d’un plan local de maîtrise dès la confirmation d’une épidémie locale ou régionale.
Le plan local de maîtrise d’une épidémie doit contenir :
- les noms du personnel de direction, du praticien et du cadre de santé chargés de la mise en œuvre et du suivi du plan local
Ainsi que les modalités :
- d’organisation de l’isolement des patients
- d’information de tous les services de l’établissement
- des premières mesures à mettre en place dans chaque service concerné
- de communication externe.
Risques liés à l’accompagnement
Les risques liés à l’accompagnement concernent la gestion des événements indésirables. Cette catégorie s’intègre dans la problématique de gestion des risques. il peut s’agir d’événements indésirables :
- rapportés par les professionnels
- identifiés par une analyse des processus de soins
- liés à des plaintes ou enquêtes de satisfaction.
Le traitement des évènements indésirables suit une méthodologie comportant les étapes suivantes :
- Description précise de l’évènement
- Analyse et hiérarchisation des causes possibles
- Définition et mise en œuvre d’actions correctives
- Suivi de l'efficacité des actions.
Bon à savoir
Les cadres médico-sociaux peuvent signaler un événement indésirable auprès de leur ARS sur une plateforme de veille et d'urgence sanitaire disponible 24h/24 et 7j/7. Les incidents les plus graves peuvent être immédiatement signalés par téléphone ou par mail et sous 48 heures maximum pour les autres événements (un signalement nécessitant une réponse urgente doit être doublé d'un appel téléphonique). Pour connaître les coordonnées de votre plateforme régionale vous pouvez vous reporter au site internet de votre agence régionale de santé.